SOUTENIR L’ESPÉRANCE EN TEMPS INCERTAINS

À la fin du mois de septembre, j’ai participé à une rencontre des Prédicatrices  Passionnées, des sœurs de différentes Congrégations Dominicaines, sur le thème : « Femmes porteuses d’Espérance ».
De cet espace de réflexion et de rencontre est née en moi l’inspiration d’écrire sur comment soutenir l’espérance, spécialement en temps d’incertitude, et comment la vivre non seulement comme un sentiment, mais comme une vocation active, qui nous appelle à incarner la miséricorde et la compassion dans notre vie quotidienne.

Soutenir l’espérance aujourd’hui n’est ni un acte naïf, ni sentimental : c’est une décision spirituelle profonde, une posture existentielle qui jaillit des entrailles mêmes de l’Évangile.

L’espérance dont nous avons besoin n’est ni fuyante ni superficielle. Ce n’est pas une jolie phrase dans les temps durs, ni un sédatif pour endormir les consciences.  La vraie espérance chrétienne n’est pas une anesthésie : elle mobilise. Elle ne nie pas la douleur : elle la traverse. Elle ne fuit pas la réalité : elle l’embrasse, avec la certitude que Dieu continue d’agir au cœur de l’histoire, même quand tout semble en ruines.

Nous sommes MDR, des femmes appelées à vivre avec passion et compassion, et ce mot, compassion, révèle un secret essentiel : ce n’est pas seulement éprouver de la pitié pour celui qui souffre, mais brûler avec lui, porter ensemble le poids de la vie.

La seule intolérance permise aux croyants, c’est l’intolérance face à la souffrance évitable. Tout le reste peut attendre. La douleur des peuples, non.

C’est pourquoi le chemin de l’espérance ne commence pas avec des discours, mais avec des oreilles qui écoutent et des entrailles qui se laissent émouvoir. Quand nous permettons aux cris de l’humanité d’entrer dans notre prière, quelque chose s’enflamme dans notre cœur. C’est ainsi que vivait saint Dominique : la nuit, en pleurant, il répétait : « Que deviendront ceux qui souffrent ? » Sa prédication ne naissait pas d’idées ou de théories, mais de gémissements. Il parlait à Dieu et de Dieu… depuis Dieu.
Car quand le cœur a été touché, transpercé par le Dieu de la Vie, on ne peut plus parler avec légèreté. Toute la vie est alors bouleversée.

Le Dieu en qui je crois n’est pas distant.C’est le Dieu du Buisson Ardent, qui brûle sans se consumer.
Le Dieu qui nous appelle par notre nom et nous révèle que la vie n’est pas destinée à s’éteindre.
Dieu a entendu les cris du peuple esclave et a dit : « J’ai entendu le cri de mon peuple… va, sois maintenant ma réponse. » Cette parole résonne aujourd’hui avec une force nouvelle. Être femme consacrée aujourd’hui, être MDR, c’est comprendre que la prière n’est pas une fuite, mais une rencontre avec le Dieu vivant, qui gémit, souffre et célèbre dans la vie des hommes et des femmes de notre temps. Quand nous faisons un vrai silence, quand nous laissons le gémissement du monde pénétrer jusqu’à nos os, le cœur rebondit… et ce rebond devient mission.

Je crois profondément que nous sommes appelées à « enfanter une humanité nouvelle,».Dieu est Rahamim, entrailles de miséricorde, et nous sommes ces entrailles de Dieu dans l’histoire.

Enfanter l’espérance n’est pas facile : cela fait mal, cela épuise, cela use, cela déchire. Mais c’est la seule manière de faire continuer la vie. Au cœur de cette tâche prophétique, les paroles de Pedro Casaldáliga résonnent avec force : « L’espérance est possible, mais… plus encore, l’espérance est nécessaire. Elle est aussi urgente que le pain quotidien. » Et ce pain, nous ne pouvons pas le garder pour nous : il faut le rompre et le partager. L’espérance ne se déclare pas, elle se partage. Il ne suffit pas d’y croire : il faut la pétrir de nos mains, la soutenir par notre prière, l’offrir par des gestes concrets, même petits. Parfois, partager l’espérance, c’est simplement écouter vraiment. Parfois, c’est donner ses chaussures, comme pour dire : « Marche maintenant avec mes pas, moi j’ai déjà fait ce chemin. » Parfois, c’est serrer dans ses bras quand les mots sont de trop. Parfois, pleurer avec. Parfois, crier prophétiquement contre l’injustice, même si cela nous vaut des coups.

Comment soutenir l’espérance ?

En contemplant l’histoire à la lumière de l’Évangile, non pour fuir, mais pour nous laisser enflammer.
En écoutant le cri des pauvres jusqu’à ce qu’il devienne ordre intérieur.
Ils sont là, non seulement sur les réseaux, mais dans des corps et des regards, car aucun « like » ne remplace la chaleur d’une main amie.

Nous devons être les sages-femmes du Royaume, soutenant avec délicatesse la naissance de la vie là où tout semble mort. Faire de notre vocation une parole nouvelle qui se fait entendre au cœur du vacarme du monde.

Aujourd’hui plus que jamais, le monde a besoin de voix qui portent l’accent de l’Évangile et le feu des entrailles. Des voix qui ne nient pas la douleur, mais qui tirent de la douleur une espérance.Que notre vie soit ce cri tendre et courageux qui proclame : Nous refusons que la guerre et la mort aient le dernier mot. Nous ne nous résignons pas à l’injustice. Nous croyons encore que l’amour de Dieu triomphe, et non les tyrans ou les despotes, qu’ils soient dans tant de régions du monde, ou parfois aussi dans nos propres cœurs. Que nos pas soient des flammes, que nos mains soient des berceaux, que nos voix soient Évangile. Et que, quoi qu’il arrive, nous soutenions l’espérance… jusqu’à ce qu’un jour, l’espérance nous soutienne.         

Sœur Marcela Zamora

Communauté d’Accueil – Madrid

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